La crise anglophone affecte durement MTN Cameroon

Pertes :

Ces lourdes pertes sont en partie à l’origine des licenciements économiques effectifs chez ce géant des télécoms au Cameroun depuis le 31 octobre 2018.

La crise anglophone réduit de 20 % les retombées  de MTN Cameroon

PAR Aloys ONANA  

C’est depuis le 31 octobre 2018 que MTN dans sa filiale du Cameroun se sépare d’une partie de son personnel.  Dans un communiqué rendu public, l’entreprise explique que dans une industrie des télécommunications en pleine mutation, MTN Cameroon se doit de rationaliser son modèle opérationnel, pour renforcer sa compétitivité. « Avec ce changement structurel, l’entreprise se transforme en une organisation plus agile, centrée sur un double objectif : mieux servir et satisfaire une clientèle de plus en plus exigeante et enquête de services plus performants ; être à l’avant-garde des innovations dont l’économie  numérique a besoin au Cameroun. » «  Dans le cadre de cette réorganisation, il s’est également avéré nécessaire de réduire de près de 10 % les effectifs de l’entreprise afin de la recentrer sur ses priorités et mettre un accent sur l’excellence dans l’exécution de ses missions… ».

Dans ces lignes raffinées du communiqué publié le 31 octobre 2018, n’apparait nulle part les vraies difficultés financières que traverse cette entreprise, « leader du marché des télécommunications au Cameroun ». Il faut donc aller dans les murs de cette entreprise à Akwa, pour prendre le pouls économique de cette entreprise des télécoms aux couleurs jaune et bleu. « Lorsqu’on parle des conséquences de la crise anglophone, certaines personnes prennent cela pour des blagues », débute une voix de la maison. Qui va plus loin. « Oui, MTN, compresse, c’est la troisième fois que cela arrive mais cette fois, la crise anglophone en est pour beaucoup. Elle nous coûte de 20 % de nos recettes. Notre chiffre d’affaires est sur une courbe descendante, il est vraiment en régression et cette situation ne nous est pas unique, elle concerne d’autres concurrents qui ont également compressé, même si cela n’a pas fuité.  »

Des pertes sont donc énormes. Et MTN se sent presqu’obligée de rester dans cette partie du Cameroun en proie à des troubles profonds. « On aurait même pu fermer de ce côté. Mais il faut tenir compte de l’image à renvoyer à nos clients, et au monde entier. Des gens diraient voilà, la situation est irréversible, MTN Cameroon abandonne la zone anglophone. » En somme donc, c’est par patriotisme économique que les pilonnes et bureaux de cette entreprise sont encore visibles partout dans la zone anglophone. Une partie du Cameroun qui a un lien particulier avec le géant Sud-africain des télécoms au Cameroun. Une bonne partie des premiers employés de MTN Cameroon étaient issus d’ici, la donne n’a pas beaucoup changé. Le président du conseil d’administration lui-même également a ses racines de ce côté.

Pour l’heure, l’espoir est encore bien permis car, « il ne fait l’ombre d’aucun doute que le destin de nos compatriotes du Nord-Ouest et du Sud-ouest s’inscrit dans le cadre de notre République. Fort du soutien du peuple camerounais tout entier et persuadé qu’il existe une issue honorable, dans l’intérêt de tous, je ferai en sorte que le calme et la sérénité reviennent dans les deux régions concernées, dans le respect des institutions dont je suis le garant », a indiqué Paul Biya le 6 novembre 2018.

Mesures fortes

Publié en juillet 2018, il ressortait des grosses pertes économiques occasionnées par la crise anglophone.

Le rapport du Gicam se confirme

A.O

Pour certains employés –ex employés car leur contrat est phase de rupture- MTN Cameroon aurait même pu licencier plus de collaborateurs si ses caisses étaient suffisamment fournies. Ce qui laisse transparaître les difficultés financières de cette maison qui semble vraiment connaitre une bonne saignée financière.

 En juillet dernier, le Groupement inter-patronal du Cameroun (Gicam) a publié un rapport qui ressort les lourdes conséquences de la crise anglophone sur l’économie locale, notamment sur les activités économiques du Nord-Ouest et du Sud-ouest.

De ce rapport, Célestin Tawamba et ses collaborateurs indiquaient que, « décidée à la mi janvier 2017 pour des impératifs sécuritaires, cette interruption (d’internet) qui a duré trois mois, avait lourdement handicapé l’activité dans plusieurs secteurs, notamment celui des établissement bancaires, des compagnies d’assurance, des établissements de commerce et distribution se sont retrouvés littéralement coupés de leurs bases, les petits métiers, florissants dans ce secteurs et occupant de nombreux jeunes (cyber café, vente, réparation) s’étaient retrouvés littéralement paralysés. » Et pendant ce temps, le développement des startups qui prenait de l’ampleur dans la ville de Buéa a été freiné alors que de nombreux jeunes s’investissaient dans la recherche et l’innovation.

Pour comprendre

  • 20 %, taux des pertes de MTN Cameroon en zone anglophone du fait de la crise éponyme
  • 10 %, taux de réduction des effectifs de cette entreprise depuis le 31 octobre 2018
  •  81 personnes concernées par le licenciement économique effectif depuis le 31 octobre 2018
  • Février 2000, année d’installation de MTN au Cameroun
  • 600 employés directs (avant le 31 octobre 2018)

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